Comment améliorer son assiette

Entrevue avec Dave Thind

Qu’est-ce que la méthode Dave Thind?

Il s’agit essentiellement de mon expérience de vie dans le domaine de l’entraînement des chevaux et des cavaliers, mais les éléments clés sont le dressage classique et la méthode Feldenkrais. Plusieurs personnes pensent qu’il s’agit de physiothérapie ou que j’enseigne une sorte d’exercice. En fait, j’aide les cavaliers à trouver ou à rétablir un mouvement fluide dans leur propre corps et à le transmettre à leurs chevaux. Pour cela, nous utilisons de légers mouvements ou la biomécanique de façon fluide. C’est une forme de reprogrammation neuromusculaire, ou de recâblage du cerveau ! Les cavaliers trouvent une assiette plus élégante, plus profonde, plus souple et plus efficace. Ils relâchent la tension qui bloque leurs chevaux, inversent les schémas douloureux grâce à une meilleure biomécanique, réduisent et surmontent l’anxiété, ont une respiration plus profonde, etc. Les cavaliers apprennent à apprendre, donc à s’améliorer eux-mêmes ou à améliorer leurs chevaux. Les possibilités sont infinies ! « Pour rendre l’impossible possible, le possible facile et le facile beau », Dr. Moshe Feldenkrais. En plus de ma formation professionnelle de la méthode Feldenkrais, je suis également un entraîneur A (niveau III) certifié par la fédération équestre allemande.

Qu’est ce qui t’a amené à étudier le Feldenkrais et en quoi cela consiste?

feldenkraisComme la plupart des gens qui découvrent la méthode Feldenkrais, j’en ai fait l’essai à cause d’une blessure et de la douleur. J’avais beaucoup de difficultés à monter à cheval et j’ai fini par ne plus pouvoir le faire pendant trois ans. Quand rien d’autre n’a fonctionné, j’ai essayé la méthode Feldenkrais. Avec la pratique de cette méthode, j’ai réalisé que mes blessures avaient guéri, mais j’avais besoin de reprogrammer mon cerveau et d’appuyer sur la touche reset (avant la blessure) de mon système nerveux. Cette méthode a totalement changé la façon dont je voyais ma blessure, m’a donné confiance dans le fait que je pouvais m’aider moi-même et que rien n’était permanent. J’ai aussi très vite réalisé qu’une fois que tous les problèmes de douleur seraient résolus, je pourrais utiliser cette méthode pour m’apprendre à mieux monter ! Comment avoir plus de ressenti, avoir une meilleure assiette, la conscience du corps, la souplesse, une communication plus claire avec mon cheval. C’était comme si cette méthode était faite pour les cavaliers de dressage. C’était il y a presque 20 ans et j’utilise depuis cette méthode comme un concept de base dans mon dressage et mon enseignement. J’ai finalement fait une formation professionnelle de 4 ans et j’ai obtenu l’autorisation d’enseigner la méthode Feldenkrais il y a deux ans.

Une méthode originale
Moshe Feldenkrais a développé à partir de 1943, une méthode d’éducation somatique et s’y est consacré jusqu’à sa mort en 1984. Cet enseignement utilise le mouvement corporel pour améliorer la qualité et l’efficacité du fonctionnement de la personne.
À travers le mouvement, cette approche nous propose de devenir plus conscients de nos habitudes, puis d’élargir notre répertoire d’actions. La réduction de l’effort, l’aisance, la lenteur et l’exploration de séquences inhabituelles de mouvement sont des stratégies importantes de cette méthode. L’attention est dirigée vers l’observation des différences sensorielles et vers la participation de l’ensemble de la personne dans l’action. Nous améliorons ainsi par nous-mêmes et avec l’aide du professeur notre capacité d’apprentissage, notre efficacité et notre confort.

Comment se pratique la méthode Feldenkrais?
L’éducation somatique selon la méthode de Moshe Feldenkrais est un travail de conscience de soi par le mouvement guidé par un enseignant dans un contexte de groupe ou individuel. Dans un groupe, l’exploration est habituellement guidée verbalement tandis qu’en individuel, le travail d’intégration se fait généralement par le toucher.
Une leçon de la méthode Feldenkrais, qu’elle soit guidée verbalement ou par le toucher, s’adresse à l’ensemble du système nerveux, donc à l’ensemble de la personne tant au plan sensoriel qu’émotif et intellectuel.

Conscience de soi par le mouvement ou Prise de conscience par le mouvement
Travail de conscience de soi par le mouvement guidé verbalement par l’enseignant, habituellement dans un contexte en groupe. L’enseignant guide les participants dans des explorations de mouvements qui encouragent à penser, sentir, bouger et imaginer. L’accent est mis sur l’apprentissage des mouvements les plus adaptés à une meilleure utilisation de la gravitation : assis sur une chaise, debout, dans diverses configurations au sol. Le but est de favoriser une utilisation minimale d’effort, une perception maximale des sensations kinesthésiques et une efficacité de l’action dans l’environnement.

Pourquoi l’accent est mis sur le système squelettique au lieu du système musculaire?

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La juge de dressage à la retraite Jane Shean, 89 ans, après une séance de 40 minutes avec Dave

On peut comparer le corps humain à une marionnette qui est munie de ficelles. De même, l’homme a des muscles (les ficelles) qui sont tirés par le cerveau/ système nerveux. La méthode est centrée sur le système nerveux et sur la façon dont le cerveau contrôle le tonus musculaire, la tension, etc.
Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles nous nous concentrons sur les os/articulations par rapport aux muscles. Ce n’est pas que nous ne nous intéressons pas aux muscles ou à leur fonction, nous voyons l’ensemble du corps et nous utilisons le mouvement à travers le squelette. Par exemple, les forces qui traversent le squelette, la façon dont elles sont utilisées et ce qui fait bouger quoi. Comme dans le cas du mouvement d’un cheval qui passe par le cavalier ! Raide et contracté, le cavalier ne peut pas recevoir ou absorber le mouvement. Cependant, si le squelette est bien organisé et aligné, le mouvement passera à travers comme il a été conçu pour le faire.
Pendant l’apprentissage, nous faisons une grande majorité des exercices en position couchée. C’est de cette façon que les muscles que nous utilisons pour nous lever ou nous asseoir (y compris les habitudes indésirables) peuvent être déprogrammé et de nouvelles options peuvent être apprises. Des options qui fonctionnent automatiquement quand on se lève, qu’on roule, etc. Nous ne répétons pas un mouvement et n’essayons pas de le mémoriser comme étant bon ou mauvais, car nous pensons que le système nerveux choisira de nouveaux schémas qu’il trouvera plus efficaces, plus confortables ou même plus agréables.

Quelle est l’erreur la plus fréquente que tu remarques chez les cavaliers qui te consulte?

Le plus grand problème auquel sont confrontés les cavaliers en ce qui concerne leur assiette est probablement l’impression selon laquelle ils doivent s’asseoir totalement droits ou même immobiles. Un bon siège doit bouger!

Un bonne assiette vs une bonne position

Pour la plupart des gens, le mot « position » signifie quelque chose comme la posture et l’alignement, tandis que le mot « assiette » tend à donner des images mentales d’une façon plus profonde de s’asseoir, peut-être même un idéal classique atteint par les leçons de longe. L’assiette du cavalier peut se limiter au bassin et au bas du dos ; cependant, lorsque les textes classiques mentionnent l’assiette, ils font surtout référence à l’ensemble du corps et à la façon dont il est utilisé. Une idée dominante liée à l’assiette est qu’elle doit toujours faire des mouvements souples et fluides et nous sommes encouragés à développer continuellement notre assiette comme un instrument de communication très précis. Par conséquent, l’assiette signifie bien plus que la position.

Cela peut sembler sans importance, mais ce n’est pas le cas. Remplacer un terme équestre par un autre a la capacité d’agir comme un catalyseur pour un changement puissant dans notre équitation. C’est pourquoi j’utilise rarement le terme « demi-arrêt », car dans la plupart des cas, cela n’a rien à voir avec l’arrêt et les mots  » demi-arrêt  » peuvent éventuellement inciter les cavaliers à bloquer les postérieurs au lieu de les réengager ou rééquilibrer.

Feldenkrais enseigne l’idée d’un centre équilibré à partir duquel nous pouvons agir de manière spontanée. Il pratiquait les arts martiaux et il visait une position équilibrée, à partir de laquelle on peut agir de n’importe quelle manière (se baisser, se plier, sauter, donner des coups de pied, frapper, tourner, etc.) Cette capacité à réagir à notre environnement de manière spontanés mais non rigide est également importante en équitation.

Dans le célèbre ouvrage classique de Gustav Steinbrecht, Le Gymnase du cheval, l’auteur déclare ‘ »Une « assise normale » sur le cheval, même si dans la majorité des cas cela signifie seulement une posture correcte, n’existe pas car le cavalier n’assied correctement le cheval que si son centre de gravité, ou plutôt la ligne du centre de gravité de son corps, coïncide avec celui du cheval« . Ce livre est l’un des textes les plus influents au sein de l’école classique allemande.

Et dans un texte plus récent : « Chaque articulation du corps du cavalier doit être détendue pour permettre au cavalier de s’asseoir dans une position souple et en équilibre avec le cheval. Ce n’est qu’alors que les aides peuvent être appliquées efficacement« . (Principes de l’équitation, Manuel officiel de la Fédération équestre allemande).

Il est clair que le message principal ici est que l’assiette du cavalier est quelque chose de dynamique. Le centre de gravité du cheval n’est pas constant et les forces cinétiques du cheval doivent se déplacer à travers le cavalier. Le cavalier peut apprendre à filtrer ce mouvement, mais il doit aller quelque part ! C’est pourquoi un siège souple est nécessaire pour permettre au cheval de se déplacer correctement, sans le bloquer. Bloquer le cheval, même involontairement, peut entraîner des problèmes d’entraînement tels que le fait de ne pas s’engager suffisamment, d’avoir un dos creux, une connexion instable, d’être inégales dans les rênes. Un cheval bloqué par le cavalier peut éventuellement développer des problèmes de boiterie.

En améliorant votre assiette, vous rendez l’environnement d’apprentissage de votre cheval plus confortable et agréable. Votre communication est améliorée et il devient plus facile d’atteindre vos objectifs d’entraînement de manière harmonieuse et classique. En outre, si vous avez des douleurs, des tensions ou des craintes, tout peut être amélioré, en respectant bien sûr vos limites personnelles.

Quelle différence peut-on remarquer après une séance?

Je vous suggère d’essayer par vous-même ! Avec tant de gens à la maison, c’est le moment idéal pour essayer des choses que vous auriez peut-être voulues, mais que vous ne trouvez jamais le temps de faire. La plupart des gens disent qu’après une séance, ils se sentent plus grands, plus légers, plus souples, sans douleur, détendus, flottants, etc. Vous voyez donc qu’avec tous ces qualificatifs, vous devriez tenter l’expérience. J’ai des exemples de cours en anglais, ainsi que des leçons enregistrées en anglais et des cours en direct. S’il y a suffisamment d’intérêt, je serais heureux de faire un cours en direct en français !

Références:
Dave Thind Method
Association Feldenkrais Québec
Gymnasium of the Horse par Gustav Steinbrecht
The Principles of Riding: Basic Training for Horse and Rider

Par Jasmine Létourneau et Dave Thind

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