Un débourrage réussi avec Isabelle Ouellet

isabelle ouellet dressage articleIsabelle Ouellet est entraîneur et propriétaire de Dressage Évolution. Avec sa fille Béatrice Boucher qu’elle entraîne, elles ont beaucoup de succès sur les circuits de dressage au Québec et en Floride, entre autres avec les jeunes chevaux. On peut notamment suivre Béatrice qui présente en concours les chevaux hanovriens de l’élevage de la Ferme Delys.

Le débourrage est une étape cruciale dans la vie d’un cheval et l’expérience qu’il aura vécu engendrera des répercussions sur toute sa vie. Après avoir débourré plus de 200 poulains au cours de sa carrière, on aimerait connaître ses observations et principes d’entraînement.

*Nous recommandons à tous cavaliers d’être accompagné par un entraîneur professionnel lors du débourrage de son cheval.

JL : Quel est le type de travail au sol préparatoire que tu fais avant le débourrage en selle?

IO: Premièrement, je dois préciser qu’il y a quatre types de chevaux:

Cheval peureux: craintif, il fuit l’humain, ainsi que tous les types de pression. Il peut être dangereux quand il a peur.
Cheval soumis: ti-jo bon temps, il aime l’humain et il est curieux. Il n’a pas souvent peur et est très faciles à travailler.
Cheval dominant: il peut avoir peur de son environnement, mais pas de l’humain. Il aime combattre et charge, mord ou rue lorsqu’il rencontre un problème.
Étalon: ressemble souvent au cheval dominant. L’étalon est là pour son harem et doit le défendre et garder le contrôle de sa génétique. Donc ce n’est pas une domination telle quelle, mais plus un contrôle de son environnement et de son troupeau. Souvent plus dangereux que le dominant, car dans la nature, il peut combattre jusqu’à mort.

Cela étant dit, ma méthode consiste en une série d’étapes à faire apprendre et comprendre au poulain selon un protocole déterminé. Je ne saute jamais d’étape, mais parfois je peux en faire plusieurs dans une même séance. Le poulain nous dicte le temps, donc je ne peux pas savoir combien de temps cela va prendre avant d’avoir commencé. La plupart du temps, le débourrage complet à partir d’un poulain qui est au champ, prend de 3 à 5 semaines.

Je pourrais le faire en trois heures, mais ce n’est pas ma méthode. Je laisse partir le poulain uniquement lorsque le respect et une série d’exercices au sol sont confirmés. Que le poulain soit monté au minimum au pas et au trot. Qu’il puisse faire des cercles, serpentines, mini cessions à la jambe isolée, début d’épaule devant et le plus important est le demi-arrêt, l’arrêt et la rêne d’urgence. On peut dire que c’est plus qu’un débourrage. Ainsi, je m’assure de la réussite avec le propriétaire, qu’il ait déjà ou peu d’expérience. Je dois dire que la réussite dépend aussi du choix du poulain au départ. Si vous avez peu d’expérience, n’achetez pas de poulain ou faites-vous aidez par votre entraîneur s’il est habitué aux poulains, ou sinon un spécialiste en débourrage. Le succès de votre relation à long terme part de l’achat et du débourrage. Je n’utilise presque pas de punition, mais plutôt la récompense active et passive. Le feeling et timing est primordial pour réussir. Un esprit sain dans un corps sain est une phrase que je me répète souvent.

JL : Quel est le type de travail au sol préparatoire que tu fais avant le débourrage en selle?

La première étape est de marcher en main et de faire céder au licou.
Le poulain doit marcher à notre rythme et respecter tous nos pas. Il doit marcher, trotter, reculer, tourner à droite ou à gauche en même temps que nous. Il ne doit jamais tirer sur la laisse et doit baisser la tête avec une pression légère de notre main.

La deuxième étape est le Join up, faire bouger les pieds et avoir son regard.
Cette étape pourrait être la première pour un poulain dominant ou craintif.
Le but est de faire bouger les pieds du poulain jusqu’à ce qu’il nous regarde et reste concentré. Ensuite, c’est de jouer avec lui pour l’envoyer à gauche, à droite et l’arrêter. L’arrêter avec les yeux qui nous regardent et qu’il nous demande la suite. Les chevaux utilisent beaucoup cette technique dans le champ et cela détermine une certaine hiérarchie de troupeau. Pour moi, c’est plutôt pour leur apprendre à céder à mon corps. Cela les prépare à la longe et il devient un partenaire de jeu ou d’exercices. Cela nous permet également de le concentrer sur ce qu’on veut. Une fois son attention bien établie, normalement on bouge dans le round pen, arrête, cours, trotte, etc. Il nous suivra sans laisse. On désire un partenariat plutôt qu’une relation de dominant dominé!

La troisième étape est la présentation de l’équipement et conduite au licou.
Pendant cette étape, nous pouvons présenter la bride, le tapis et la selle, la cravache, la chambrière et les longues rênes dans le manège. Avec une laisse, on garde le cheval près de nous et on passe les équipements partout sur son corps. Il va sûrement bouger, mais on arrête de le gratter avec les équipements seulement quand il arrête de bouger. Il apprend que s’il a peur, il doit arrêter et l’objet de la peur s’éloigne.

La quatrième étape est de conduire au licou et longues rênes.
Mettre deux rênes au licou, avec une main sur la rêne gauche et une main sur la rêne droite au niveau du garrot. On lui apprend les mêmes exercices que la première étape. Tourner à droite, à gauche, arrêter et reculer. Ensuite avec les deux rênes à la fois, faire bouger les hanches, les épaules, la tête et l’encolure. On le fait des deux côtés. On peut ajouter nos doigts à la sangle pour l’initier aux jambes isolées. Avec des petites pressions des doigts, le poulain doit avoir envie de se tasser de cette pression pour faire une petite cession. On doit s’amuser également à mettre les épaules en dedans de la piste, bouger les hanches, etc.
Au longues rênes, on peut reproduire ces exercices et se promener en manège. L’idée au début est de juste marcher, faire des tournants, arrêter, tout en étant plus loin de lui. Avec le temps et plus d’entraînement, on peut lui demander le trot, le galop et même éventuellement toutes les figures de manège (cessions, appuyer, reculer, piaffe, etc…).
Ne faites pas cette étape seul si vous n’avez pas d’expérience. C’est la partie la moins sécuritaire au sol exécuté par quelqu’un qui est novice. Une fois compris, c’est l’exercice qui rend la monte et la compréhension des rênes plus sécuritaire à mon avis.

La cinquième étape est de ne pas nous dépasser ou de s’emballer: la rêne d’urgence.
Cet exercice est pour notre sécurité en selle, en main et à la longe. Nous avons appris au poulain de bouger les pieds à la demande et de faire des pivots sur les épaules. C’est très simple, le poulain a déjà appris que si l’action de la rêne intérieure s’ouvre, il doit tourner la tête et l’encolure et que si nous demandons encore et que nous allons vers les hanches avec notre corps, il doit aller vers l’extérieur pour faire comme un pas pour le pivot. Ensuite, aux longues rênes, on lui a appris que lorsque nous allons prendre sur la rêne intérieure avec une grande rêne d’ouverture et la cravache au niveau de la jambe intérieure il doit engager le postérieur intérieur en tournant tant que les aides restent en place. Ainsi, cette manœuvre au pas d’abord, reproduit, par manque d’équilibre une diminution de l’impulsion et souvent le poulain s’arrête par et sur lui-même. Quand la notion est bien comprise au pas, on peut essayer au trot.
Si toutes ces 5 étapes sont bien comprises, il est temps de débuter au montoir. Sinon nous devons revenir en arrière pour trouver les lacunes.

La sixième étape est le montoir.
Amener le poulain au montoir, le placer près du montoir, monter sur le montoir, descendre et le mettre en confiance. Replacer chaque membre un a un s’il bouge. Mettre votre poids sur lui, le toucher partout, faire du bruit avec les étriers, le faire avancer, reculer.

La septième étape est de pouvoir faire la poche de patate.

Cette étape est la dernière avant la mise en selle. Donc en fait ce n’est qu’une sécurité de plus. Vous l’amener au montoir et embarquez à plat vente sur la selle. Garder les rênes dans vos mains et faite le avancer. Caressez-le, touchez-le où vous pouvez. Aller à gauche et à droite et s’il réagit trop fort, juste sauter en bas et tenir la rêne gauche en rêne d’ouverture jusqu’à la rêne d’urgence qu’il connaît. Revenir au montoir et recommencer. On ne met pas notre jambe l’autre côté si nous ne sommes pas capables d’arrêter, tourner à droite, à gauche même reculer si on en sent le besoin au pas et au trot.
Ensuite la partie la plus facile est de répéter toutes les étapes au sol et en selle. Si des problèmes surviennent, on peut retourner au sol pour quelques minutes.
Cette méthode de débourrage est basée sur des années de cours et de lecture de plusieurs entraîneurs éthologiques à travers le monde tels que Monty Roberts, Andy Boots, John et Josh Lyon, Parelli et plus particulièrement Elizabeth de Corbigny. Je les mélange c’est sûr, mais Elizabeth m’a vraiment marqué dans mon évolution.
Ma méthode si je peux le dire ainsi, permet le plaisir du poulain et du cavalier. Je respecte le physique, le mental et l’intégrité émotionnelle du poulain. On leur apprend au lieu de prendre. On demande au lieu de contraindre. On chuchote avec les mains au lieu de crier. On résout les problèmes en décomposant toutes demandes en éléments simples et avec une aide à la fois. Ce principe de débourrage permet d’apporter des solutions simples, durables et sécuritaires.

JL : Est-ce que tu inclues la longe ou les longues rênes dans tes séances d’entraînement?

IO: Je n’utilise pas la longe tant que les premières étapes du travail au sol ne sont pas apprises. Je trouve que ça ne vaut pas la peine de risquer que le poulain ne comprenne pas et que je sois obligé de le punir, alors qu’il n’a pas les bases nécessaires pour comprendre. Par la suite, je l’utilise uniquement pour travailler et jamais pour qu’il lâche son fou. Si j’ai besoin de le faire courir pour le fatiguer, je le laisse en liberté et je joue avec lui. Comme ça nous sommes gagnants et il pourra être disponible corps et âme pour les exercices. Il y a plein d’exercices à faire en longe, donc je l’utilise plutôt comme un entraînement. Un entraîneur en particulier travaille de cette façon, Klaus Ferninand Hemfling. Il m’a d’ailleurs guidé pour les étalons et chevaux dominant. Je pourrais écrire un livre avec tout ce qu’on peut faire en longe, c’est à nous d’être créatifs.

JL : Est-ce que tu pourrais nous fournir un exemple d’un plan d’entraînement pour un cheval que tu aurais à débourrer?

IO: Voici un plan de débourrage d’une durée de 4 à 6 semaines.
Je ne fais pas de débourrage rapide. C’est possible de le faire et je l’ai déjà fait dans mes jeunes années, mais la sécurité est maintenant l’aspect le plus important pour moi. Je veux que le poulain comprenne les bases de l’équitation pour devenir un cheval confiant. Je veux avoir du plaisir et que le cheval aussi.

La première étape est toujours le travail au sol, cela me permet d’évaluer à quel type de poulain j’ai affaire. Je prends aussi le temps de regarder son comportement, par exemple: comment il nous accueille au box, etc…
La deuxième étape est un mélange entre au sol avec l’équipement, les longues rênes, le montoir et la poche de patate.
La troisième étape est normalement la monte, mais je peux souvent refaire les exercices au sol quand une incompréhension survient. De cette façon, le cheval se sent respecté et nous offre plus de ce qu’il peut faire à long terme. L’intégrité émotionnelle est préservée et il reste concentré sur les exercices et demandes.
Les autres semaines permettent de perfectionner les acquis et de s’assurer de la compréhension complète des aides. Ce qui me permet de dire que les cavaliers seront plus en sécurité par la suite. J’aime bien retourner le poulain au propriétaire quand il est monté au pas et au trot et qu’il peut céder à la jambe isolée. Les cavaliers sont plus satisfaits et c’est plutôt rare qu’ils aient un problème par la suite.
Une des questions qui revient très souvent est comment fait-on pour que le cheval soit si heureux, souple, sensible et léger? La réponse est toujours la même; parce qu’il a appris à le faire en aimant être avec nous et à nous faire plaisir.

JL : Comment est-ce que tu amènes les jeunes chevaux que tu entraînes à accepter le contact? Par exemple dans les classes de jeunes chevaux, le contact doit être déjà assez bien confirmé.

IO: C’est vraiment la partie au sol qui fait la différence. On lui a montré à céder au licou et au mors, sans punition ou contrainte. Donc, il a appris que c’était un moyen de communiquer avec son cavalier. Dès les premières montes, il suit nos demandes avec nos mains.  On sait aussi que lorsque le cheval s’engage et est en flexion longitudinale, la tête se place d’elle-même sur la verticale. On n’a pas à forcer le placer.
Je dis souvent à mes élèves de ne pas crier avec leurs aides, plutôt de chuchoter! Si vous avez toujours besoin de crier, c’est parce qu’il y a des étapes au sol qui n’ont pas été comprises. Il faut reprendre pour quelques jours les exercices au sol avant de monter. Le cheval doit également pouvoir faire confiance à vos mains. Elles doivent être douces, non contradictoires et stables. Pour le reste, c’est une question de temps. L’impulsion aide le cheval à se poser sur la main, mais il faut garder en tête que le contact est différent pour chaque cheval. Ne cherchez pas un poids défini, vous allez ensemble le découvrir. De plus, le contact peut changer selon le degré de rassembler. Plus il se porte, plus le contact à tendance à être léger, mais encore là, chaque cheval est différent.

Laisser lui l’opportunité de bouger entre vos aides, plus il vieillira, plus il voudra trouver et suivre votre danse.

Dressage Évolution

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